Le siège effervescent de Piper-Heidsieck à Reims
Par Wine Atlas, mardi 28 octobre 2008 :: Vin - France :: #378 :: rss
Le nouveau siège de cette vénérable maison de champagne enveloppe des espaces de travail sereins sous un emballage précieux qui filtre la nature environnante.
Anne-Charlotte Amory, présidente des Champagnes Piper et Charles Heidsieck (groupe Rémy Cointreau) décrit sa maison comme l'une des plus contemporaines et audacieuses du vignoble champenois, par tradition historique. De la reine Marie-Antoinette à la « high society » new-yorkaise du XIXe siècle, l'inscription de son nom dans le temps lui commande de toujours innover. Notre époque lui aura dicté de rajeunir son image et de regrouper ses forces dans un nouveau siège qui reflète la technicité d'un métier tout de précision et d'attention, au service de l'excellence. « Et puisque le champagne est un vin d'assemblage, nous avons choisi d'assembler deux talents reconnus pour leurs compétences d'architecte et de designer », déclare la présidente, encadrée de Jacques Ferrier et de Ferruccio Laviani, les deux artisans de cette implantation. Alliés pour la circonstance, chacun a joué sa partition dans le respect de l'autre, « avec l'audace pour fil conducteur ». Après cent quarante ans passés boulevard Henry-Vasnier, au centre de Reims, la vénérable maison rejoint le vignoble, sur le site même où sont élaborés les vins des deux marques, Piper et Charles Heidsieck. A son ancienne adresse sur la colline Saint-Nicaise, elle conserve ses crayères gallo-romaines où reposent, à 25 mètres sous terre, les précieux flacons : 47 cavités réparties sur 3 hectares et reliées entre elles par des galeries creusées au milieu du XIXe siècle. En surface, Ferruccio Laviani a procédé à l'aménagement intérieur du pavillon des années 1920 en salon de réception ouvert sur les bois, lumineux et intime à la fois, dans une ambiance crémeuse rehaussée de noir et or sur fond de feuillages.
Emballage à bulles
Cette folie Art déco revisitée par la modernité est le contrepoint historique du siège radicalement contemporain construit sur l'allée du Vignoble, à la sortie de Reims, entre ceps de vigne et centre de production. Choisi parmi quatre architectes consultés en mai 2006, Jacques Ferrier a su répondre à la volonté du maître d'ouvrage de s'installer au coeur de l'action, « là où les choses se font », en assumant avec élégance, voire une certaine préciosité, le registre industriel et technique du site. « Le siège social ne devait pas être en décalage avec l'unité de production voisine, estime l'architecte, et partager le même souci d'efficacité pour créer une image forte sans rien de factice. » Les giro-palettes, qui orchestrent le mouvement de rotation requis par l'élaboration du vin, l'ont conforté dans l'inspiration mécanique qui est sa marque de fabrique, avec le métal pour matériau de base et le thème de la grille pour motif. Le concepteur de la Cité de la voile Eric-Tabarly, à Lorient, et du futur pavillon de la France à l'exposition universelle de Shanghai 2010, n'a rien renié de son credo pour servir la cause prestigieuse du champagne. L'ingénieur veillant derrière l'architecte, il place le beau et le durable à portée immédiate de la pensée rationaliste qui l'anime. C'est ainsi que ce natif de Limoux, cinquante ans l'an prochain, monte en gamme et s'ouvre à l'effet décoratif d'une résille d'aluminium anodisé enveloppant tout le bâtiment. « Comme à notre habitude, une deuxième façade permet de contrôler les ambiances et de donner au projet une image unitaire », commente Jacques Ferrier, qui parle sans complexe d'un « emballage ».
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