Balade et dégustations en Toscane et Piémont
Par Wine Atlas, lundi 08 octobre 2007 :: Vin - Italie :: #313 :: rss
La Toscane et le Piémont sont les deux régions italiennes où l’on trouve quelques-uns des plus beaux vins du monde, similaires aux nôtres. Des vins suaves, très typés, très difficiles à comparer (on pourrait les rapprocher d’un Bourgogne et d’un Châteauneuf réunis...). On est loin des fioles enrubannées de paille que l’on débouche dans quelques pizzerias.
La région fait partie de cet art de vivre italien inimitable, où les sciences côtoient les marchands, les peintres, les architectes, les divas s’associent aux vignerons, les palais s’allient aux collines verdoyantes, les levers de soleil à la vie nocturne de Florence, tout cela dans une atmosphère unique que les plus grands réalisateurs ont su parfaitement transcrire au cinéma.
De Pise à l’île d’Elbe, de Sienne à Florence, la réalité correspond bien à l’imaginaire. Firenze est d’ailleurs l’archétype de la culture italienne, et l’on tombe vite sous son charme (une fois n’est pas coutume, descendez au Baglioni, et demandez une chambre avec vue sur l’Arno, pour admirer le Ponte Vecchio).
La Toscane, ou plutôt le vieux pays toscan, est tout en beauté (allez-y en mai) avec ses villas et ses cyprès, ses forêts et ses vallées où se mêlent la vigne et l’olivier, c’est toute l’Italie résumée. Et c’est aussi son vin. On trouve de tout ici, du sublime au divin, bien que la région ait été la première d’Italie à entreprendre de délimiter et de protéger son vin.
Il est incontestable que la région possède une unité et une identité authentiques, comparables à celle que l’on peu retrouver dans le Bordelais, malgré les différences au niveau des sols, des traditions et des microclimats. La base de tout, c’est ce cépage Sangiovese qui fait l’homogénéité du Chianti. En revanche, le Chianti étant un vin coupé, les goûts personnels des producteurs peuvent influencer fortement l’équilibre du coupage, le type de fermentation et la durée du vieillissement.
La région est aussi prolifique en appellations contrôlées (24 vins en sont pourvus,), issues majoritairement des cépages rouges Sangiovese ou Brunello. Décidé à vous faire mieux connaître les vrais vins italiens, vous comprendrez qu’une nouvelle fois je ne m’attarde pas sur les vins de purs Cabernet-Sauvignon (Sassicaia ou Sanmarco), ou de Chardonnay. Une précision : bien qu’il n’existe pas de Chianti Blanc, on goûte de jolis vins tels que le Vernaccia di San Gimignano, très parfumé, légèrement poivré, le Montecarlo, plus gras, l’Elba, le Galestro, très sec et très frais, le Bianco della Lega ou ce Vino Santo, un demi-doux alcoolisé mais charmeur comme le Moscadello di Montalcino qui fleure bon son Muscat. Les cépages les plus utilisés sont le Malvasia, le Trebbiano et le Vernaccia.
Trois vins rouges, assez proches qualitativement, font la renommée de la Toscane, trois appellations qui bénéficient de la DOCG, c’est-à-dire de la Denominazione Controllata e Garantita, le grade le plus élevé dans la législation vinicole italienne, où l’on trouve des vins splendides, si l’on sait respecter les millésimes, leur évolution, et frapper à la bonne porte.
- Chianti L’appellation Chianti étend ses meilleurs vignobles autour de Florence, au nord vers Pistoia et Rufina, au sud, vers San Gimignano et Montevarchi.
Au Moyen Age, Chianti était une petite région sans cesse en proie aux guerres et aux échauffourées entre Florence et Sienne. Le Chianti fut, dès le XVIIIe siècle, exporté dans les fameuses fiasques paillées. Le secteur regroupe plusieurs départements et sous-régions, dont les meilleurs sont ceux de Classico, Carmignano, Colli Fiorentini et Rufina. Si vous préférez comme moi un Chianti digne de ce nom, optez soit pour ceux qui proviennent de ces zones, soit pour le Chianti Riserva, l’exception confirmant la règle. La simple DOC Chianti regroupant surtout des vins plus légers, plus simples, à boire jeunes et frais, assez bien faits néanmoins. Un grand Chianti peut être exceptionnel, et se distingue donc aisément du Chianti de base que vous trouverez chez tous les restaurateurs.
- Brunello di Montalcino Le secteur d’appellation se trouve au-dessous de Sienne, et il faut vouloir aller à Montalcino, tant la route n’est pas évidente. Bien sûr, on oublie vite les virages avec ce vin superbe, un ton au-dessus que le Chianti Riserva (mais pas toujours). Dans un style plus gras, très concentré, très classique, extrêmement complexe au nez comme en bouche, un grand Brunello devient l’un de ces crus hors normes auxquels il est difficile de résister. Le Riserva doit être élevé au moins cinq années avant d’être commercialisé, et c’est un minimum, tant ce sont des crus qui demandent de la patience. C’est cela la différence entre un grand et un bon vin.
- La DOC Rosso di Montalcino concerne les vins plus jeunes (ou provenant de vignes plus jeunes), plus souples, très différents, que je n’ai jamais considérés comme d’excellents vins.
- Vino Nobile di Montepulciano En repartant vers Quirico d’Orcia et Chianciano, vous arriverez comme moi dans l’adorable village de Montepulciano, auquel on accède par une petite route sinueuse. Le Sangiovese s’exprime encore parfaitement ici, dans ce beau rouge intense et généreux en bouche, souvent très puissant, tannique, qu’il faut également laisser évoluer longtemps pour profiter de ses qualités réelles. Le Montepulciano est un vin de connaisseur patient...
LE PIÉMONT
C’est un pays de contrastes, un contraste que l’on retrouve dans les vins, avec leurs deux extrêmes les plus célèbres : le Barolo, massif, concentré, noir et tannique, de grande évolution, et l’Asti, léger, perlant et fruité. Quand on aime les vins typés, on est servi, les collines du Piémont offrant un tel assortiment de raisins locaux que les cépages internationaux qui y ont été plantés sont plus que rares, et c’est une bonne chose.
Pour la production de vins blancs, l’Asti Spumante domine très nettement, issu du Moscato qui lui confère sa saveur caractéristique. Auprès du Muscat, les cépages Cortese, Erbaluce et Arneis, et les éternels Riesling, Chardonnay ou Sylvaner... L’Asti est bien entendu le plus grand vin effervescent d’Italie. Il est produit en cuve close, à partir de raisins récoltés dans 52 communes des provinces d’Asti, Coni et Alexandrie. Les meilleurs Asti sont caractérisés par cette douceur succulente et des arômes de pêche. C’est aussi un remarquable vin de dessert, auquel les Italiens restent très attachés, alors que nous perdons pratiquement l’habitude de ce type de vins en France, et que c’est bien dommage. Goûtez aussi le Moscato Naturale d’Asti, proche de l’Asti spumante, frizzante lui aussi, gras et doux en bouche, au nez délicat.
Les vins blancs de Gavi, légèrement frizzantini, se boivent jeunes, sont tendres (parfois carrément plats), mais dégagent souvent une agréable sensation de rondeur en bouche.
Pour les rouges, véritablement chez eux ici, le Piémont est dominé par trois cépages : le Nebbiolo, le meilleur, qui doit son nom au brouillard (la nebbia) qui règne en automne dans cette région, le Barbera, le plus répandu, et le Dolcetto. Le Nebbiolo donne le Barolo et le Barbaresco ; le Barbera les vins d’Alba et le Dolcetto la DOC du même nom. Je n’oublie pas les DOC rouges de Grigolino d’Asti (bien fruité) ou de Ghemme (plus corsé), d’excellents VT qui pourraient surprendre dans une dégustation “à l’aveugle” comme ceux de Bricco Manzoni ou de Caramino, et des vins d’assemblages, dont certains sont très réussis, issus des Bonarda, Croatina, Grignolino ou Vespolina. Du nord au sud du Piémont, voici donc les grands vins rouges que vous allez apprécier.
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