Le ministre Vallières vise l’authenticité
Par Wine Atlas, vendredi 24 juin 2005 :: Vin - Canada :: #9 :: rss
Après des années d’attente, les consommateurs pourront obtenir la certitude que les produits du terroir sont authentiques. Exit les mamans Bougon de ce monde! Des appellations d’origine (AO) comme pour les bleuets du Lac-Saint-Jean et des indications géogra- phiques protégées (IGP) répondant à des cahiers des charges attesteront de l’authenticité du produit.
Les producteurs pourront se faire entendre l’automne prochain en commission parlementaire sur le projet de Québec d’encadrer les produits régionaux et du terroir, exception faite des alcools, vins et cidres de glace.
Ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, Yvon Vallières a indiqué en conférence de presse la semaine dernière qu’il entendait rassurer le consommateur prêt à payer un peu plus cher pour un véritable produit régional ou de niche. Outre une modification à la Loi sur les appellations réservées, il dit avoir conservé la souplesse nécessaire afin de «ne pas brimer l’élan» d’un secteur dont le potentiel est évalué à un milliard de dollars.
La Loi sur les appellations réservées pourrait faire référence au mot terroir, un terme générique bien difficile à définir, convient le ministre. Selon lui, c’est d’ailleurs la première fois qu’un gouvernement de par le monde va inscrire le mot dans une loi. «Le danger quand on parle de terroir, c’est que tout s’appelle terroir», dit-il, précisant que les définitions des AO et des IGP que l’on retrouve déjà dans la loi permettront de dire ce qu’est un produit du terroir.
Les modifications à la loi détermineront aussi les attestations de spécificité pour un produit fermier ou artisanal. Elles rendront obligatoire la tenue de consultations publiques avant l’attribution d’une appellation réservée. Un label émis par le ministère viendra confirmer cette appellation réservée sur l’étiquette du produit. Une commission parlementaire aura lieu l’automne prochain afin de connaître les réactions et les propositions du milieu. Le ministre entend faire adopter les modifications avant la fin de la présente année pour une application au début de 2006.
En ce qui concerne les indications géographiques protégées, le ministre précise que tout producteur d’une région respectant le cahier des charges pourra les obtenir. L’agneau de Charlevoix, note-t-il, est le seul produit qui est en voie d’être reconnu au Québec comme IGP.
Pas d’alcool
Dans le but de favoriser le développement du secteur, le ministre entend aussi mettre de l’avant une procédure simplifiée. Les personnes ou entreprises pourront utiliser les dénominations fermier et artisanal à la suite d’un simple enregistrement auprès du ministère et sans le recours à un cahier des charges. Les dénominations devront toutefois être précédées des termes méthode, type ou préparation. Cette voie rapide ne pourra entrer en vigueur avant l’automne, le temps de rédiger un règlement et de le faire accepter.
«Il faudra s’assurer, précise le ministre, que le produit (fermier) est entièrement fabriqué à la ferme avec des intrants qu’on retrouve à la ferme, s’assurer que le producteur participe personnellement aux tâches de production et de fabrication.»
La surveillance du prochain régime pourrait constituer le maillon faible de la chaîne. Québec entend publier un guide d’interprétation pour aider les transformateurs ou restaurateurs à respecter ces dénominations. Déjà surchargés de travail, les 120 inspecteurs du ministère auront aussi la responsabilité de s’assurer que le bœuf de l’Abitibi annoncé au menu d’un restaurant se retrouve effectivement dans l’assiette du client.
En conférence de presse, le ministre a reconnu que les vins, cidres et autres alcools n’étaient pas inclus dans la présente démarche comme le réclamaient les producteurs. Yvon Vallières refuse d’empiéter sur une autre juridiction, soit la Régie des alcools et des jeux, sous la responsabilité du ministère de la Sécurité publique.
Le ministre attend les consultations de l’automne avant de confier la surveillance des appellations au Conseil d’accréditation du Québec. C’est une avenue à l’étude, déclare-t-il, souhaitant ne pas devoir créer un nouvel organisme si le Conseil est en mesure d’en prendre charge.
Pour aider les entreprises à se doter des dénominations, Québec entend consacrer un million de dollars par an au cours des trois prochaines années.
Par Pierre-Yvon Bégin, La Terre de chez nous
Source : http://www.laterre.ca