Non, les Irlandais ne boivent pas que de la bière ou du whisky. Outre ces spécialités locales et mondialement appréciées, ils apprécient également, et de plus en plus, le vin. Certes, le citoyen de la république d’Irlande est encore un modeste amateur de vin, mais sa consommation s’est accrue très nettement depuis quinze ans. Alors qu’en 1990, il en buvait 4,3 litres par personne et par an, ce taux est monté à 12,6 litres en 2002 (contre 125 litres de bière par an et par habitant). Selon la Wine and Spirits association of Irland, 50% des adultes consommaient du vin en 2003, contre 28% en 1990 (taux le plus faible d’Europe). Ces consommateurs sont à près de 57% des femmes, et se situent plutôt dans les tranches d’âge 25-34 ans et 34-44 ans. Le vin est actuellement bu en Irlande à domicile à 75% et il est en grande majorité acheté en grande distribution.

“Le marché irlandais du vin poursuit depuis quelques années une croissance remarquable (+202% entre 1992 et 2002) due à l’amélioration du niveau de vie des consommateurs et aux influences européennes”, note la Mission économique française de Dublin. Les ventes de vins toutes catégories confondues représentaient 8% des ventes d’alcools en Irlande en 1994, 11,8% en 1999 et 13,3% en 2001. En 2002, l’Irlande a importé 512 583 hl de vins tranquilles contre 219 190 hl en 1995. Ces importations de vins tranquilles ont représenté 188 millions d’euros en 2002 (+11,5% par rapport à 2001), tandis que celles d’effervescents ont atteint 11,2 millions d’euros (+16,3%). Entre 2003 et 2004, les importations de vins tranquilles ont progressé de 16,5%. Et la place de la France dans tout cela ? Premier fournisseur en volume de vin étranger en Irlande en 1996, la France a hélas depuis cédé sa place de numéro 1 face à la concurrence du Nouveau Monde : en 2002, elle était derrière l’Australie et au coude-à-coude avec le Chili pour la deuxième place.

Les vins français restent toutefois toujours appréciés, qu’il s’agisse des Bordeaux, des Bourgogne ou des vins du Val de Loire. Mais un autre vignoble français a récemment renforcé ses ventes sur le marché irlandais sur lequel il était déjà bien présent : les Côtes du Rhône. Leurs exportations ont bondi de plus de 31% entre 2003 et 2004, passant de 7 623 hl à 10 024 hl. “Nous atteignons ainsi 13% de parts de marché par rapport à l'ensemble des vins d'appellation français”, se réjouit Sandrine Chapel, chargée d’études au service économique d’Inter-Rhône. D’après l’interprofession, les Côtes du Rhône sont l’appellation qui a le plus progressé parmi les AOC françaises en Irlande. Cette jolie performance semble liée à l’évolution de la consommation de vin dans le pays : alors que “les Irlandais ont découvert la culture du vin via les vins blancs, avantagés par une image de vin ‘facile à boire’ et qui n’enivre pas (moins capiteux), il se consomme aujourd’hui plus de vins rouges que de vins blancs en Irlande (50% de vins rouges, 47 % de vins blancs, 3% de rosés)”, souligne la Mission économique française de Dublin. Peut-être peut-on y voir l’effet des études scientifiques sur le French paradox et d’autres sujets vin et santé, selon lesquelles le vin rouge serait plus riche en composants bénéfiques que le vin blanc. Mais Inter-Rhône met aussi en avant des actions de promotion auprès de la distribution irlandaise qui ont conduit à un meilleur renforcement des Côtes du Rhône. Un autre phénomène a également joué : “Face à une véritable culture de l'enivrement, le gouvernement irlandais, pour lutter contre cet état de fait, a pris certaines mesures : relèvement des droits d'accise, lois sur les heures, les lieux et l'âge de consommation. Ainsi, la consommation de spiritueux et de bière a diminué au profit de la consommation à domicile, notamment de vin et de vins rouges. Et les Côtes du Rhône en ont profité” explique Sandrine Chapel. L’Irlande ne constitue toutefois que le 10e marché export pour les Côtes du Rhône, qui accusent une baisse de leurs exportations de 34,7% en valeur au premier trimestre 2005, selon la FEVS.

Par : Ingrid Proust

Source : Milfeuille Presse / TV Agri